L'Assassinat du père Noël

conte (humoristique) de noël

Il était une fois dans un petit village paisible près des montagnes un villageois tout simple qui s'appelait Jean-Jacques Boinot. Jean-Jacques Boinot se rendait à l'église tous les week-ends et assistait à toutes les messes. D'ailleurs on était samedi et il était venu se confesser.
Jean-Jacques Boinot entra dans le confessionnal où on lui avait dit que le curé se trouvait déjà et commença par la formule consacrée.
"Pardonnez-moi mon père car j'ai pêché.
Le curé ne répondit rien, aussi Jean-Jacques Boinot continua:
-J'ai eu des pensées malhonnêtes sur la sœur de ma femme et sur la fille de la sœur de ma femme, mon père, elle n'a que 16 ans j'en ai 50, c'est anormal mais je ne peux m'en empêcher, elle est si belle!
Le silence du curé persista.
-Et ce n'est pas tout mon père, j'ai pêché aussi ce matin même au marché. J'ai profité d'un manque d'attention pour voler un chou qui était tombé par terre. Devrais-je le rapporter?
Un nouveau silence du curé l'invita à continuer.
-Et j'ai dû noyer trois petits de la minette mardi après-midi.
Jean-Jacques Boinot commença à se sentir mal à l'aise face au silence du curé qu'il trouva soudain accusateur. Il changea de position et posa un genou dans une flaque poisseuse. Il baissa les yeux pour découvrir dans la pénombre du confessionnal un liquide aux sombres reflets rouges.
-Hum... Mon père? Monsieur le curé? Monsieur Noël?"
C'est ainsi que l'on découvrit la mort du curé du village, un dénommé Noël Noël, poignardé dans le confessionnal.
Et c'est ainsi également que le constable du village, Waldemar Wyssem, et son adjoint, Melchior Beauprince commencèrent à mener l’enquête sur la mort du père Noël le 20 décembre de l'année dernière.
Le père Noël fut retrouvé dans la partie du confessionnal qui lui était réservée, un couteau au manche décoré et sculpté en canne à sucre planté entre les épaules. Melchior Beauprince se pencha plein d'assurance sur le couteau et déclara très fier de lui:
"Je pense que le manche de ce couteau est fait en sapin.
Waldemar, apparemment moins enthousiasmé que lui par sa découverte, fit la moue en répondant:
-Comme tout ce qui est fait en bois au village. Il n'existe pas d'autres arbres que des sapins dans la région. Vous voyez autre chose?
-Je pense que la victime a été poignardée dans le dos par un agresseur qui se trouvait derrière elle, déclara fièrement Melchior.
Waldemar soupira:
-Laissez-moi voir s'il vous plaît.
Il jeta un coup d'œil au corps avant de déclarer:
-Le couteau a été planté à l'horizontale alors que la victime était agenouillée, ce qui laisse supposer que l'assassin était très petit.
-Un nain? Demanda Melchior, perplexe.
-Ou un enfant."

Waldemar Wyssem, en bon homme de loi, alla demander au maire la permission de mener son enquête pour être tout à fait dans la légalité. Le maire le reçut en ces termes: "Écoutez Waldemar, nous sommes à cinq jours de la noyade traditionnelle annuelle et je n'ai encore trouvé aucun dénommé Joël, j'ai donc beaucoup à faire. Je vous autorise à mener l'enquête que vous voulez."
Waldemar Wyssem s'en fut donc de la mairie, plein d'assurance et de permissions, pour retrouver son adjoint qui faisait les cent pas dans la neige.
"Nous pouvons enquêter! Annonça-t-il.
-Vous savez, le couteau étant neuf, je pense que nous devrions rechercher du côté de l'homme qui était dans le confessionnal lorsque le corps du curé a été découvert. Déclara solennellement Melchior.
Waldemar Wyssem regarda son adjoint avec perplexité. Il était habitué à ce genre de déclarations de sa part mais s'étonnait tout de même qu'il ne trouve pas plus logique d'aller poser des questions au fils du seul fabricant de couteaux de la ville que de suspecter l'homme qui avait donné l'alerte.
-Je pense que nous devrions plutôt poser des questions au jeune Albéric Allistair.
-Pourquoi donc? Le sieur Boinot était présent au moment du meurtre, et il a de plus un mobile: je le soupçonne d'avoir plusieurs fois confié des secrets intimes à la victime!
-Je vous ai déjà expliqué que le moment de la découverte du corps n'était pas celui du meurtre, de plus le père Noël confessait tout le monde au village, si nous prenions le motif que vous évoquez nous aurions bien trop de suspects." Expliqua patiemment Waldemar Wyssem en se demandant comme il était possible d'être si beau et si bête que son adjoint. L'homme ressemblait à un prince charmant de conte de fée extirpé de son histoire pour être précipité dans une réalité où il n'aurait plus le beau rôle. D'ailleurs il devait se sentir comme tel, car il s'efforçait opiniâtrement de courtiser la plus belle jeune fille du village.
Melchior n'ayant pas du tout l'air convaincu par ses explications, Waldemar Wyssem se dirigea vers la maison Allistair sans attendre sa réaction. En s'y rendant, son adjoint sur les talons, il croisa la jeune Alizoa Pimprunelle, celle-là même dont Melchior était amoureux. Il continua donc en écoutant vaguement la conversation qui s'ensuivit.
"Alizoa, je vous aime, quoi qu'en pense votre famille je vous enlèverai un jour pour vous faire vivre un grand amour.
-Ma famille n'a rien à voir là dedans, je vous l'ai déjà dit. Je ne vous aime pas, et cela ne changera pas. Laissez moi, je dois aller réviser mon concours de sciences politiques!
-Alizoa, ma chérie, mon amour, vous n'avez pas à cacher vos sentiments lorsque je suis là. Je vous sauverai, j'en fais le serment!"
Waldemar Wyssem n'entendit rien de plus car il s'était trop éloigné. Il ne tarda pas à arriver à la maison Allistair dont le père de famille Yavel Allistair lui ouvrit la porte.
"Bonjour, Yavel, j'ai une bien triste besogne à accomplir chez vous.
-J'ai appris pour le curé, constable. Je suis d'ailleurs bien triste de vous confirmer que c'est l'un de mes couteaux qui a été utilisé, il m'en manque un fabriqué hier avec manche en canne à sucre.
Waldemar Wyssem hocha la tête avec une expression de circonstance.
-Puis-je parler à votre fils Albéric?
-Pourquoi donc?
-J'ai des questions à lui poser.
Le jeune Albéric apparut à cet instant dans le champ de vision du constable et blêmit. Waldemar Wyssem sut aussitôt à quoi s'en tenir.
-Albéric, demanda-t-il d'une voix douce, pourquoi as-tu fait ça?
L'enfant se renfrogna et dit:
-Il ne voulait pas m'offrir le cheval en bois que je veux depuis trois ans. Je lui ai dit, mais il m'a répondu que c'était pas lui. C'est nul, je savais très bien que c'était lui, c'est nul de mentir à un enfant.
-Je ne comprends pas de quoi tu veux parler, lui dit Waldemar.
-Beh, du père noël, tiens!
Le constable Waldemar Wyssem se mordit la lèvre. Le pauvre Noël Noël avait donc été tué par un enfant à cause de son nom qui avait entraîné une confusion due à sa profession. Mais c'était au moins une affaire rondement menée.
-Bien, Albéric, je vais prévenir le maire, ton procès se tiendra demain matin. C'est d'accord?
-Je vais rater les dessins animés à la télé?
-C'est probable.
-Albéric, fais ce qu'on te dit sans discuter! Ordonna son père alors que l'enfant s'apprêtait à protester. Waldemar Wyssem tourna les talons et s'en alla tranquillement se promener dans la neige.
Et c'est ainsi que le constable du village, Waldemar Wyssem, sans son adjoint, Melchior Beauprince termina de mener l’enquête sur la mort du père Noël le 20 décembre de l'année dernière.

Le lendemain, au procès où le maire agité s'apprêtait à rendre le non-lieu comme toujours en période de trêve hivernale, un inconnu indigné se leva du public pour venir vociférer que c'était intolérable, que le garçon devait être puni pour le meurtre qu'il avait commis. Lorsque le maire surpris lui demanda qui il était, il répondit d'une voix de stentor en pointant théâtralement du doigt l'enfant:
-Joel Noël! Je suis le frère de la victime de ce monstre! Et j'exige que ce malheureux Noël obtienne justice.
-Joel? Vraiment? Vous vous appelez Joel? Je suis vraiment enchanté de vous connaître mon cher monsieur! S'exclama le maire. Bien sûr, j'aimerais accéder à votre demande, mais voyez-vous, nous sommes en cette saison en période de trêve hivernale, ainsi personne ne peut être condamné. Mais j'aimerais vous entretenir d'une tâche que j'ai à vous confier dans les prochains jours qui je le crois vous irait à merveille! Si vous voulez bien me suivre!
Waldemar Wyssem observa Joel Noël disparaître à la suite du maire. L'homme arborait la même grande barbe blanche que son défunt frère mais était beaucoup moins corpulent. "J'aurais dû deviner plus tôt qui il était." Soupira-t-il.
-Les crapules comme ce garçon devraient être punies, s'insurgeait Melchior Beauprince assis à côté du constable. La trêve hivernale est une abomination!
-Pensez ce que vous voulez mais lorsque nous avons voté pour savoir si il fallait ou non maintenir la trêve hivernale continue en raison de l'hiver perpétuel qui sévit dans cette région, vous n'avez pas compris l'utilité du vote.
Sur ces mots, un jeune aide-curé accourut dans la salle du village où se tenait le procès en criant:
"Constable! Constable! On a trouvé un passage secret dans le confessionnal! Venez voir!
-Expliquez-vous, voyons! Rétorqua Waldemar Wyssem en se levant de sa chaise sans se presser.
-Il y a un passage secret dissimulé derrière le fond du confessionnal dans la partie où monsieur le curé a été tué! Venez voir!"
Waldemar suivit l'aide-curé sans discuter, Melchior Beauprince suivit le constable sans discuter, et Albéric Allistair suivit l'adjoint non sans curiosité. Le passage secret était creusé dans la roche et tout ce petit monde entreprit de l'explorer, l'aide-curé préférant tout de même laisser sa place au constable pour se mettre en bout de queue. Ils marchèrent longtemps, très longtemps, et finirent par arriver sur une très haute montagne qui, comme le village, était perpétuellement enneigée. Le passage secret en lui-même débouchait dans une immense caverne entièrement remplie de jouets en tous genre, ainsi que de cadeaux divers pour tous les âges: bouteilles de vin grands crus, livres, DVDs, cadeaux réservés aux adultes que personne n'imaginerait trouver sous un sapin de noël, ou même dentiers et déambulateurs. Au centre de la caverne, orienté vers son entrée, au milieu des piles de cadeaux, trônait un immense traîneau rouge à côté duquel un grand enclos contenait plusieurs rennes d'une taille tout aussi colossale. Un costume rouge au col et aux manches de fourrure blanche à l'allure synthétique était accroché dans un coin. Waldemar Wyssem était émerveillé, Melchior Beauprince perplexe, l'aide-curé se signa, seul Albéric ne semblait pas surpris.
"Qui l'eut cru, souffla le constable, le père noël n'était autre que le père Noël!
-Comment ça? Demanda Melchior.
-Le curé de notre village était le fameux vieux bonhomme en rouge qui distribuait les cadeaux.
Melchior sembla comprendre:
-Mais alors... Il est mort! S'exclama-t-il consterné.
-Ça oui, le père noël est donc mort.
-Je vous l'avais bien dit que c'était le père noël, fit Albéric.
-J'ai bien peur qu'il n'y ait pas de noël cette année, observa le constable.
L'aide-curé ne dit rien.
-Comment ça pas de noël? S'insurgea le jeune garçon. Mais je veux mon cheval en bois! Regardez! Il est là! Le père noël disait que je n'étais pas assez sage pour l'avoir mais maintenant je peux!
-Mais il n'y a plus personne pour distribuer les cadeaux alors, s'étrangla Melchior, continuant sur sa lancée.
-Eh non, il n'y a plus personne.
-Plus personne? Et moi alors? S'insurgea Albéric. J’ai puni le méchant père noël parce qu'il ne voulait pas m'apporter mon cadeau, alors je ne vais pas faire pareil que lui avec les autres!
-Tu vas distribuer les cadeaux? Demanda Waldemar Wyssem.
-Bien sûr! Regardez, ils sont déjà presque tous prêts! Je n'ai qu'à monter dans le traîneau et les distribuer!
-C'est tout à fait noble à toi, Albéric. Déclara le constable. Et un très bon moyen de racheter ta faute, j'en parlerai au frère du père Noël, sois en assuré. Par ailleurs je vais aussi aller expliquer à ton père la situation. Tu peux garder mon adjoint si tu as besoin d'aide.
C'est ainsi que le constable du village, Waldemar Wyssem, sans son adjoint, Melchior Beauprince retourna au village annoncer la nouvelle, et qu'à l'heure du traditionnel "Noyez Joel!" Prononcé par le maire, le fils Allistair remplaça pour la première fois le père Noël dans son traîneau le 25 décembre de l'année dernière à minuit.
Les habitants du village depuis vécurent heureux et n'eurent pas beaucoup d'enfants, mais la jeune nièce de Jean-Jacques Boinot obtint son concours de sciences politiques avec la note maximale a seulement seize ans et demie.

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