Ma Sœur, cet être exceptionnel !

Déjà dans mes premiers souvenirs en ce qui concerne ma sœur, elle a toujours eu la même passion. Toute petite déjà, avant même les années 2010, je la voyais se passionner pour des magasines de mode, admirer les chaussures à hauts-talons, les soutiens-gorges et les vêtements affriolants de notre mère encore jeune alors et d’une grande beauté. Dès ses six ans elle prenait soin de son corps à un âge où la plupart des gamins pataugent dans la boue, elle faisait des soins de beauté, passait ses étés à développer son bronzage, et de temps en temps, quand elle le pouvait, allait chiper bijoux et maquillage à ma mère pour rêvasser des heures durant en s’appliquant avec une grande délicatesse quelques traits de pinceaux, du rouge à lèvres et un peu de fond de teint. Je me souviens aussi de cette époque pour sa frustration de ne pas être encore formée et ses angoisses à l’idée que cela n’arrive jamais. Je repense encore souvent à ces tendres soirées où, blottie dans mes bras, elle me faisait part de ses peurs profondes et je m’ingéniais, souvent avec succès, à la rassurer en lui expliquant qu’elle avait encore tout son temps, qu’elle n’était qu’une enfant et que bientôt elle s’épanouirait pour devenir une femme magnifique, aussi belle que maman, qu’un jour ce serait elle que l’on pourrait voir dans ces magasines, en petite tenue voire, dans certains que nous avions trouvés dans le placard de papa, complètement nue.
À huit ans, elle eut enfin ses premiers hauts-talons et sa toute première trousse de maquillage, du matériel assez simple qui ne répondait pas tout à fait à ses attentes, mais dont elle ne sut bientôt plus se passer ne serait-ce qu’une journée. Toute la famille était très fière d’elle, mon père ne cessait de répéter qu’elle serait un jour une femme magnifique sachant prendre soin d’elle et qui réussirait dans la vie. Ma mère l’aidait au début à mettre tout à fait bien son maquillage, mais bientôt elle devint une véritable virtuose en ce domaine et put parfaitement se débrouiller sans aide. Ma mère l’appelait sa petite poupée de beauté.
À neuf ans elle fut sélectionnée pour sa première émission de télé-réalité, Les Petits Adultes, qui consistait à mettre des enfants de neuf et dix ans en colocations dans un appartement où ils devraient se débrouiller sans leurs parents ni le moindre tuteur comme des adultes. Bien qu’éliminée avant la toute fin de l’émission pour notre plus grand malheur, elle n’en devint pas moins très vite la préférée d’une bonne partie du public pour l’immense soin qu’elle portait à son apparence en toutes circonstances. En récompense, mon père lui acheta une trousse de maquillage plus complète et de meilleure qualité. Elle aurait voulu une mini-jupe et un haut moulant mais mes parents lui refusèrent, arguant qu’il était un peu trop tôt pour cela et qu’elle grandissait trop vite à son âge pour les garder bien longtemps de toute façon. Elle n’obtint de commencer à porter ce genre de vêtements qu’un peu plus d’un an plus tard, et dès lors ne les quitta plus.
À douze ans, en 2016, elle eut son premier petit ami, un garçon de 14 ans assez vaniteux que je n’aimais pas. Je trouvais qu’elle méritait mieux et n’hésitai pas à le lui en faire part, sans doute un peu plus vertement que je l’aurais dû. Nous restâmes brouillés tout au long des deux mois que dura leur relation, mais elle finit par revenir vers moi, m’expliquant que j’avais eu raison, qu’il n’avait su apprécier sa beauté ni sa maturité. Le suivant ne m’inspira pas beaucoup plus non plus je dois dire mais je me rendais plus compte que si je ne voulais pas perdre ma sœur il me fallait rester calme à ce sujet. Sa façon de régulièrement fixer son début de poitrine naissante me tapait toutefois fortement sur les nerfs. C’est pendant qu’elle était avec lui qu’elle commença à parler de chirurgie esthétique, et, un peu plus d’un an plus tard, à force d’insistance et de crises de nerfs (je souris encore à l’évocation de cette façon dont elle savait faire preuve de sa volonté et obtenir ce qu’elle désirait) elle obtint de mes parents, à défaut de la première augmentation mammaire dont elle rêvait, une liposuccion. Je me souviens de la clinique où nous sommes allés, l’argent gagné lors de l’émission où elle avait joué quelques années auparavant et des quelques rôles de mannequin juvénile qu’elle avait eus par la suite lui permettant de choisir un bon établissement. Le premier chirurgien que nous vîmes refusa catégoriquement de pratiquer l’opération mais heureusement, un autre moins obtus finit par accepter pour un peu plus cher que le prix d’origine. Il ne lui fut pas enlevé grand chose du fait du régime très strict qu’elle suivait mais elle tenait tant à cette intervention pour se sentir mieux dans sa peau que nous fûmes tous enchantés de voir l’expression de bonheur sur son visage alors qu’elle entrait dans la salle, son huitième petit-ami lui tenant la main. C’est d’ailleurs le seul souvenir que j’ai de celui-là, j’aurais tellement voulu être à sa place pour pouvoir moi-même soutenir ma sœur.
À ses quinze ans, la situation avec mes parents était très tendue. Premièrement parce qu’elle avait réussi à passer outre leur autorisation pour faire refaire son nez à leur insu, et deuxièmement car elle sortait avec un homme de cinq ans son aîné et qu’ils avaient peur qu’il ait une mauvaise influence sur elle. Ce qu’ils ne savaient pas c’est qu’il n’était pas le plus vieux qu’elle ait fréquenté, et qu’ils pouvaient parfaitement lui faire confiance: elle prenait bien soin de ne pas tomber enceinte ou de ne pas consommer quoi que ce soit qui pourrait détériorer son corps de quelque manière . Je me souviens d’elle à l’époque, radieuse dans ses bras, juchée sur ses talons d’une bonne quinzaine de centimètres de haut pour compenser sa petite taille qui lui faisait horreur, et à l’aise dans sa mini-jupe et son soutien-gorge rembourré, nageant dans le bonheur. J’étais jaloux qu’elle éprouve ce bonheur avec lui, à cette époque où elle était bien moins proche de moi qu’avant. Mais une fois de plus il ne sut l’apprécier à sa juste valeur et lorsqu’elle fit de nouveau du mannequinat, ils se disputèrent sur le sujet au point de se séparer, et nous ne revîmes jamais l’homme.
À seize ans, la situation avec mes parents s’était adoucie, ils acceptaient d’elle tout ce qu’elle voulait puisqu’elle était en mesure de financer elle-même. Mon père l’emmena lui-même à l’hôpital pour la pose de sa première prothèse mammaire et resta à ses côtés tout le long de son séjour. Pour la suivante, peu de temps après, ce fut au tour de ma mère de faire la même chose, tandis que pour son retour, je lui fabriquais sur ordinateur un petit programme inspiré de son conte préféré: il s’agissait d’une application transformant l’écran en miroir qui lui certifiait qu’elle était la plus belle jeune fille du monde si elle le luit demandait.
Les opérations un peu plus poussées finirent bientôt par lui trotter dans la tête. Elle avait entendu parler de deux avancées de la chirurgie qui l’intéressaient grandement. Aussi à un peu plus de dix-sept ans, elle choisit de se soumettre à une récente pratique permettant de lui allonger les jambes et les bras afin enfin qu’elle puisse atteindre une taille qui lui plaise. Elle choisit de coupler cette opération à une réduction des hanches de manière à avoir une taille plus étroite, et à une toute nouvelle opération qui lui éviterait désormais de se mettre chaque jour tout le fond de teint dont elle s’enduisait le visage: le remplacement de la peau par une imitation synthétique au grain parfait. Ce type d’opérations encore très nouveau n’était pratiqué que dans trois cliniques dans tout le pays et, lorsque nous nous rendîmes à la plus réputée, une armée de gens manifestaient devant avec des pancartes ornées de slogans tels que « non au synthétique » ou « restons humains ! » Qui choquèrent quelque peu ma sœur. Je sus la rassurer et même la faire pouffer en lui glissant à l’oreille que s’ils voulaient rester des laiderons ça ne regardait qu’eux.
Ce fut sans doute la plus longue opération qu’elle subit, elle resta sur la table pendant plus de dix heures et en sortit absolument transfigurée. Je fus subjugué par cette grande et belle femme qu’elle était soudainement devenue, avec sa taille extrêmement fine et sa peau d’une perfection à toute épreuve. J’eus du mal à me faire à l’idée qu’elle me dépassait à présent en taille, mais je crois qu’en fin de compte ma fascination pour elle n’en fut que renforcée. En même temps que le reste, elle avait fait retravailler ses pommettes, son menton et la forme de ses yeux et était à présent véritablement une créature de rêve de tout points semblables à celles que l’on trouve dans les magasines et les fantasmes, mais elle désormais n’avait plus besoin du moindre artifice pour cela.
Après cela elle ne fit plus d’interventions pendant un moment, se concentrant plus sur sa carrière qui allait de modèle à actrice, où elle jouait certains rôles d’un genre alternatif. On lui proposa même de chanter quelquefois, mais son déhanchement apparemment moins convaincant depuis sa dernière opération mit un frein à sa carrière. Je me souviens de cette période, j’amenais à la maison ma petite amie et nous passions beaucoup de temps tous les trois, parfois tous les quatre quand son propre petit ami venait lui aussi. Elles s’appréciaient énormément, ce qui n’était pas étonnant le moins du monde. Elles se ressemblaient tant !
J’avais personnellement plus de mal avec son ami, comme d’ailleurs avec tous les précédents.
Un nouveau procédé lui fit s’intéresser de nouveau à la chirurgie esthétique. Il s’agissait d’une nouvelle prothèse mammaire réglable à l’aide d’un discret dispositif camouflé en grain de beauté. On pouvait ainsi à loisir réduire et augmenter sa poitrine, idée qui l’intéressa grandement car elle commença à trouver que ses seins étaient finalement trop gros après les deux opérations déjà perpétrées sur cette région. Lorsque, peu de temps après, elle se décida à subir cette opération, le principe commençait à se décliner à d’autres régions du corps, notamment les fesses, et un procédé similaire avait été inventé permettant de régler le volume, la teinte, la longueur, l’ondulation et d’autres paramètres d’une chevelure synthétique qui pouvait être implantée dans le cuir à la manière d’une véritable chevelure. Aussi choisit-elle d’avoir en même temps ces trois interventions.
Mais la raison pour laquelle on peut véritablement considérer ma sœur comme une pionnière de la mode, et même comme titra un magasine célèbre « l’avatar du monde de demain » est à mes yeux l’opération ultime à laquelle elle se livre en ce moment même alors que j’écris ces lignes: la pose encore expérimentale d’une UIA. Car à à peine vingt ans avec le soutien de son nouveau mari, elle a il y a à peine quelques heures franchi les cordons de manifestants avec leurs éternels slogans « restons humains » pour être la première de l’histoire à subir la pose d’une de ces toutes nouvelles Unités d’Intelligence Artificielle en lieu et place du cerveau.

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