Roussifer

Prologue

Messager: Ceci, mesdames et messieurs, est un appartement. Il contient deux chambres, une salle à manger cuisine, une salle de bains, des toilettes et une petite entrée. Celui qui habite là s'appelle Franck, mais appelez le plutôt H. Il vit seul et n'a absolument pas besoin de tout cet espace mais ses parents payent généreusement le loyer tous les mois. Il a 21, 22, 23, 24, 25 ou 26 ans, peut-être tout ça en même temps d'ailleurs, pourquoi pas?
Il vit une petite vie sereine dans son appartement douillet, voit de temps en temps quelques connaissances et bien plus souvent sa chère et tendre compagne, prénommée Adèle, mais je vous en prie si vous le souhaitez, de l'appeler K.
H donc, ce jeune homme malingre au teint pâle va bientôt se lever, car aujourd'hui est une grande occasion: il va voir K il y a deux heures, il lui a donné rendez-vous.
Certes, il la voit tous les jours mais cela peut rester une grande occasion tout de même, n'est-ce pas?
De l'autre côté de ce mur de l'entrée, se trouve le dehors, là où ou H va bientôt se rendre pour attendre sa compagne.

Franck (se levant): Mmmmmh!

Messager (paniqué): Ah! Il se réveille! J'ai trop tardé!

Le messager s'enfuit en courant pendant que Franck se lève

Acte 1 scène 1

Franck


Franck: Il fait un peu froid aujourd'hui. Mais ne traînons pas trop.
J'ai un rendez-vous il y a à peine deux heures, et je ne suis absolument pas prêt. Il ne me faut pas faire attendre K, elle n'est pas très patiente.

Messager (revient et se cache derrière un meuble. Pendant ce temps la pendule murale s'accélère): H prend sa douche et déjeune, il tente de bien s'habiller mais a du mal car il a hâte. Enfin vient l'heure du départ.

Franck (va dehors pendant que le messager s'en va): Vite, dépêchons, ne faisons pas trop attendre K. Déjà une heure de passée.

Un passant passe, puis un autre. Au fur et à mesure que Franck marche, il en passe de plus en plus

Franck: Allons, allons, je vais être en retard.

Passant 1: Bonjour ma chère, comment allez-vous?

Passante 1: Je vais ma foi plutôt à pied, mais si vous avez un autre moyen de transport à me conseiller, je serais partante.

Passant 1: Hélas! J'ai bien peur que ma voiture ne soit récemment décédée, je vais de ce pas à ses funérailles.

Passante 1 (la réponse du passant 1 est inaudible car Franck s'est trop éloigné):Pauvre de vous! Était-elle vieille?

Chéri: Bonjour, cher T!

Cherté: Bien le bonjour, cher I! Comment donc vous portez-vous?

Chéri: Plutôt bien à vrai dire, et vous, toujours la forme?

Cherté: Je suis à vrai dire plutôt inquiet, avez-vous vu dans le journal que le coût de la vie continue d'augmenter?

Chéri: Je le sais bien, d'ailleurs je n'en achète moi-même presque plus. Mais en ces temps de soldes, nous devrions pouvoir en trouver à de raisonnables prix.

Passant 3: Cher ami! Travaillez-vous en ce moment?

Messager: De temps en temps. J'ai fait tout à l'heure un prologue et là je joue le rôle d'un passant, et il est prévu que j'intervienne encore à certains moments.

Passant 3: Voilà un job qui semble intéressant. C'est une belle pièce, et ceux qui diront le contraire sont malgré tout venus la voir de leur plein gré tout de même après tout.

Messager: Vous m'excuserez cher patient, mais j'ai un personnage sur qui veiller.

Franck arrête de marcher et les passants arrêtent de parler, le messager s'en va par l'arrière. Franck attend.

Franck: Ouf, malgré mon léger retard, K n'est pas encore arrivée. Me voilà rassuré, j'espère qu'elle ne traînera pas trop.

(La pendule murale se met à accélérer, un ami de Franck arrive bientôt.)

Acte 1 scène 2

Franck, J

J: H! Content de vous voir! cela fait bien longtemps!

Franck: Ce bon vieux J! Si je ne m'abuse nous ne nous sommes pas vus dans bien quatre mois déjà!

J: Cinq! La dernière fois c'était à ce ballet de ménagères!

Franck: Oh, c'est vrai. Le temps passe vite. Ce ballet n'était pas bien terrible ce me semble.

J: Il faut concéder à ces braves jeunes femmes que leur chorégraphie aurait été très dure à réussir sur le sol fraîchement ciré et lessivé de la scène.

Franck: Oui, moi-même j'ai glissé sur un savon en allant saluer l'une des danseuses, je dois l'admettre.

J: Et que faites-vous donc ici seul?

Franck: Eh bien j'attends ma petite amie, elle s'appelle K.

J: Ah oui, je vois bien qui c'est: une grande aux cheveux roux longs et ondulés.

Franck (surpris, en aparté): Mais de qui parle-t-il? (à J) Non, elle est petite, sensiblement plus petite que moi, et a les cheveux d'un noir de jais.

J: Vraiment? Tu as donc une nouvelle petite amie! Comment est-elle?

Franck (très étonné): Mais pas du tout! Cela fait plus de deux ans déjà que je suis avec elle!

(surpris à son tour): Ah bon? Mais qu'est-il arrivé à la K que je connaissais? Cette grande rousse avec laquelle tu t'entendais si bien  que je la croyais être ta petite amie?

Franck (de plus en plus étonné): Je ne sais pas du tout de qui tu me parles là.

(manifestement troublé): Ça ne fait rien, je dois partir de toute façon. À une prochaine fois!

Une grande rousse aux cheveux longs et ondulés passe puis une autre. Au fur et à mesure de la scène suivante, tous les passants vont être progressivement remplacés par ces rousses

Franck (perplexe): Mais de qui pouvait-il bien parler?

la pendule avance encore un peu puis Adèle arrive

Acte 1 scène 3

Franck, Adèle, des rousses

Adèle: Bonjour, mon chéri!

Franck: Nous devions nous retrouver ici dans une demi-heure déjà, tu sais?

Adèle: Je suis vraiment désolée, c'est que sur la route un car de diablotins a percuté de plein fouet un car d'angelots, ça a beaucoup ralenti la circulation.

Franck: Ouille! Les pauvres! Qu'est-ce que cela a donné?

Adèle: Des espèces d'étranges cupidons faunesques.

Messager (qui vient d'arriver, déguisé en grande rousse aux cheveux ondulés): Le retard de K est bien vite oublié, et les deux amants passent ensemble un bel après-midi. Puis vient l'heure de se séparer, K doit rentrer chez sa logeuse tandis que H continue de flâner dans les rues.

Une grande rousse (à Franck): Excusez-moi, auriez-vous par hasard du feu?

Franck (sortant de sa poche une boîte d'allumettes): Ne vous feriez pas par hasard passer pour ma petite amie à mon insu?

La grande rousse (interloquée): Quoi?!? Qu'est-ce que vous racontez? Pour qui me prenez-vous?

Franck (restant avec ses allumettes à la main tandis que la rousse s'éloigne à grands pas): En voilà une susceptible. Mais apparemment, ce n'est pas elle. Tiens, qui vois-je donc arriver?

Acte 1 scène 4

Franck, Y

Franck et son ami sont seuls sur scène excepté les grandes rousses, mais ils ne se rendent compte de rien

(arrivant du fond de la scène): Tiens! H! Quelle bonne surprise!

Franck (heureux de trouver de la compagnie): Y! Heureux de te revoir! Que fais-tu dehors par ce froid?

Y: J'ai dû quitter ma douillette maison sur la plage pour acheter du poison pour rats, ils pullulent cette année.

Franck: Vraiment? Quel genre de rats est-ce? Il n'y en a pas un seul chez moi.

Y: J'en ai pour ma part deux variétés, des rats de marées qui laissent de grandes traînées de bave salée sur leur passage et les rats de bibliothèque: je n'ai plus un seul livre intact!

Franck: Pauvre de toi. J'espère que tu trouveras ton bonheur.

Y: justement, non, je n'ai pas trouvé de poison. Je vais de ce pas à la mercerie acheter un chat. Et toi donc, que fais-tu dans ces rues froides?

Franck: Eh bien j'ai passé l'après-midi avec ma chère compagne.

Y: Ah oui, bien sûr, je l'ai déjà rencontrée. Toujours le grand amour?

Franck: Oui, toujours. Je ne me lasse pas d'elle.

Y: Porte-t-elle toujours les cheveux aussi longs? Je me souviens de cette cascade rousse chatoyante.

Franck (de nouveau stupéfait): Mais?! Elle n'a pas les cheveux roux et les a toujours portés assez courts!

Y: Vraiment? Oh, cela fait bien longtemps que nous n'avons pas dû nous voir. Je croyais que tu étais toujours avec K. Mais je suppose que cela doit être dur de sortir avec une fille si grande lorsque l'on ne l'est pas vraiment soi-même. Tu m'excuseras, mais la mercerie va bientôt fermer, il faut vraiment que j'y aille.

Franck (regardant Y s'en aller à grandes enjambées, perplexe): Mais de qui donc parlaient-ils?

Acte 2 scène 1

Franck, Adeline

L’acte se passe dans l’appartement, au début Adeline est cachée dans la deuxième chambre, c’est une grande rousse. Franck est dans sa chambre, la pendule marque 1 heure

Franck (levant les yeux vers la pendule): Déjà une heure ! Il est temps que j’aille me coucher.

il se lève et va aux toilettes, ferme la porte et n’est plus visible. Adeline sort de sa cachette

Franck (derrière la porte) : Vivement mon lit !

Il sort des toilettes.

Franck : Ah ! Qui êtes-vous ?

Adeline : Votre petite amie !

Franck : Quoi ? Ma petite amie ? Certainement pas ! Je sais qui est ma petite amie !

Adeline : C’est moi votre petite amie.

Franck : Je ne vous connais pas.

Adeline : Mais moi je vous connais très bien.

Franck : Qui êtes-vous ?

Adeline : Votre petite amie !

Franck : Non ! Comment vous appelez-vous ?

Adeline : Je m’appelle K.

Franck : Non, vous n’êtes pas K, K est ma petite amie.

Adeline : Je suis votre petite amie.

Franck : …

Adeline : Vous alliez vous coucher.

Franck : Oui. Vous devriez partir.

Adeline : Pourquoi ?

Franck : Je n’ai aucune intention d’aller me coucher en laissant une inconnue rôder dans ma maison en pleine nuit, il y a déjà bien trop de délinquants.

Adeline : Je ne suis pas une inconnue, je suis votre petite amie.

Franck : Vous n’êtes pas ma petite amie, vous êtes une inconnue. Probablement une délinquante.

Adeline : Pourquoi serais-je une délinquante ?

Franck : il est de notoriété télévisuelle que tous les inconnus peuvent être des délinquants.

Adeline : Et que font ces délinquants ?

Franck : J’imagine qu’ils délinquent.

Adeline : De quelle manière ?

Franck : Je ne sais pas, je n’ai pas de télévision.

Adeline : Vous avez donc peur que je délinque chez vous d’une manière ou d’une autre sous prétexte que vous ne me connaissez pas bien que je sois votre petite amie ?

Franck : C’est cela.

Adeline : Vous reconnaissez donc que je suis votre petite amie. Le minimum de l’hospitalité consiste à ne pas renvoyer sa petite amie dehors en allant se coucher, que l’on la connaisse ou non.

Franck : D’accord ! Vous pouvez rester. Mais vous n’êtes pas ma petite amie.

Adeline : Je suis votre petite amie.

Franck : Non. Comment êtes-vous entrée ?

Adeline : Je me suis cachée dans la chambre d’amie.

Franck : Ce n’est pas une manière d’entrer.

Adeline : Si.

Franck : Non.

Adeline : Si.

Franck : …

Adeline : Allons nous coucher.

Franck (se retournant pour aller vers son lit, Adeline le suit) : Allons

Ils se couchent

Adeline : Bonne nuit.

Franck : Vous ne dormez pas dans ce lit.

Adeline : Si.

Franck : Je ne veux pas dormir avec vous, nous ne nous connaissons pas.

Adeline : Moi je vous connais.

Franck : Mais moi je ne vous connais pas.

Adeline : Je suis K.

Franck : Si vous vous êtes cachée dans la chambre d’amis, vous savez qu’il y a une chambre d‘amis.

Adeline : Ce n’est pas une chambre de petites amies.

Franck : Vous n’êtes pas ma petite amie.

Adeline : Si.

Franck : …

Adeline : …

Franck : Foutez le camp.

Adeline se relève et va se coucher dans la chambre d’amis.

Acte 2 scène 2

Franck, Adeline

Ils sont tous deux couchés dans le lit, les pieds d’Adeline dépassent

Franck (se levant): Ah ! Elle est encore là ! 

Adeline (se levant) : Bonjour mon amour ! 

Elle l’embrasse sur la joue

Franck : Bas les pattes ! Vous n’étiez même pas censée dormir avec moi !

Adeline (les larmes aux yeux) : Mais puisque je suis votre petite amie ! 

Franck (prend une photo sur la table de chevet alors qu’Adeline se met à pleurer sur son épaule) :La voilà ma petite amie ! 

Adeline (calmée) : Vous avez les cheveux presque aussi sombres l’un que l’autre. Qui est-ce ? 

Franck : C’est K ! 

Adeline : Je suis K.  

Franck : Non. C’est K, c’est ma petite amie, je vais aller la voir tout à l’heure.

Adeline : Je suis votre petite amie ! 

elle se jette sur Franck et l’embrasse, il se débat. 

Franck (lui tournant le dos) : Arrêtez ça ! Vous n’êtes pas K, vous n’êtes pas ma petite amie. 

Adeline quitte la scène pendant qu’il a le dos tourné sans rien dire

Franck (se retournant) : Elle n’est pas là ! Quelle étrange expérience !
Bon ! Il faut que je me prépare ou K va m’attendre.

Acte 2 scène 3

Franck, Gérard, des grandes rousses. 

Franck attend patiemment Adèle.

Franck : Tiens, G ! Mon vieil ami !

Gérard : H ! Quelle surprise ! Que faites-vous donc ici ? 

Franck : J’attends K, une fois de plus, j’espère qu’elle acceptera de venir chez moi ce soir. Et vous, par quel miracle êtes-vous ici ?

Gérard : Eh bien vous savez que je suis originaire de Nerval, il se trouve que la poésie me manquait depuis que j’en suis parti, seulement je ne parviens plus à écrire des poèmes, il me manque toujours le début.

Franck : Est-ce par hasard en rapport avec ce don de peau que vous avez fait pour une greffe d’un grand brûlé ?

Gérard : C’est là la conclusion à laquelle je suis parvenu, je recherche donc une maroquinerie mais vous savez comme il est plus facile d’en trouver dans un pays d’Afrique qu’ici.

Franck : C’est évident, mais peut-être que l’on peut encore trouver des maroquineries émigrées, malgré tout.

Gérard (soupirant) : Peut-être. Si seulement les autorités n’accusaient pas les étrangers de tous les maux, les transformant en nuisibles bons à chasser, il serait plus facile de trouver ce genre de boutiques.

Franck : J’espère que vous trouverez sans avoir besoin d’aller jusqu’au Maroc.

Gérard : Et moi que vous n’attendrez pas encore trop longtemps. K habite-t-elle toujours chez sa logeuse ?

Franck : Ah oui, il est vrai que vous la connaissez ! Oui, en effet, elle n’a toujours pas trouvé autre chose.

Gérard : En effet, je la connais suffisamment pour savoir que vous avez de la chance d’être avec elle, je vous conseille de rester ensemble le plus longtemps possible.

Franck : C’est rassurant de vous entendre dire ceci, mon ami, savez-vous que depuis quelque temps tout le monde semble souhaiter me voir avec une grande rousse aux cheveux longs et ondulés ? Je n’ai aucune idée de qui peut bien être cette personne.

Gérard (choqué) : Mais… C’est de K justement dont vous me parlez là ! Comment ? Vous ne savez-pas qui elle est ? Vous vous moquez de moi ? Ou pire encore, d’elle ! Moi qui croyais que vous l’aimiez ! Vous me décevez beaucoup.

Gérard s’en va sans un mot de plus, Franck reste seul au milieu des grandes rousses, éberlué. Un ange passe, c’est là encore une grande rousse mais dotée de grandes ailes blanches.

Passante rousse : Oh ! Bonjour à vous chère amie, la dernière fois que je vous ai vue il me semblait que vous aviez des problèmes avec votre propriétaire et qu’il voulait vous expulser.

Ange rousse : C’est vrai, c’est vrai, mais je l’ai prié de reconsidérer son intention et cela s’est arrangé, j’habite toujours dans mon petit coin de paradis.

Passante rousse : Quelle chance vous avez, j’aimerais pouvoir habiter dans une telle demeure !

Ange rousse : Eh oui, mon propriétaire n’aime pas que l’on ne se plie pas à ses principes mais heureusement, les prières fonctionnent toujours avec lui pour se faire pardonner.

Franck (alors que les interlocutrices s’éloignent) : Même si tout le monde, y compris elle tient à me voir avec cette grande rousse, il n’est pas question que je formate ma vie en fonction des attentes des autres. J’aime K, et je resterai avec K !

Acte 3 scène 1

Franck, Adèle

Franck : Ah, voici K qui arrive enfin !

Adèle : Bonjour, mon chéri!

Franck : Bonjour, je t’attendais. Tu m’as beaucoup manqué.

Adèle : Vraiment tant que ça ? Suis-je si en retard ?

Franck : Non, c’est que depuis quelque temps, tout le monde semble étrangement croire que tu es quelqu’un d’autre, j’en ai même fait un cauchemar la nuit dernière.

Adèle : C’est étrange. Et qui suis-je censée être ?

Franck : apparemment une femme rousse très grande dotée de cheveux très longs et ondulés. J’ai même rêvé qu’elle s’était introduite chez moi la nuit dernière.

Adèle : Si un rêve où quelqu’un me remplace est pour toi un cauchemar, alors j’en suis heureuse car tu m’aimes. Était-elle belle ?

Franck (surpris) : Eh bien… Je ne sais pas, oui, peut-être. Mais cela n’a pas d’intérêt si ce n’était pas toi.

Adèle : Et si moi j’aimerais être une belle rousse ? Trouves-tu cela sans intérêt ?

Franck (très étonné) : Mais tu n’es pas rousse, tu es juste toi.

Adèle (commençant à se fâcher) : Ni rousse ni belle, est-ce là ce que tu veux dire ? Peut-être préférerais-tu qu’elle revienne cette nuit. Tu la préfères à moi ?

Franck : Mais ce n’était qu’un rêve, cette grande rousse n’existe pas, il ne s’agissait pas même d’une rivale mais de toi.

Adèle (de plus en plus en colère) : Ainsi tu as rêvé de moi et ce fut un cauchemar ? Comment peux-tu en ce cas souhaiter toujours me voir ? 

Elle tourne les talons et s’éloigne, Franck la suit

Franck (catastrophé) : Reviens, je ne voulais pas te fâcher, rêver de toi est toujours un plaisir mais cette femme n’était pas toi. Il s’agissait en fait d’une inconnue venue chez moi, qui cherchait sans succès à prendre ta place, et que j’ai repoussée car je n’aime que toi.

Adèle (radoucie) : C’est vrai ? Tu n’aimes que moi ?

Franck (soulagé) : Oui, voilà pourquoi c’était un cauchemar, car cette personne n’était pas toi tout en prétendant l’être.

Adèle : Tu ne me mens pas, ce n’est qu’un rêve, elle ne reviendra pas ?

Franck : Oui, c’était un rêve, je préfère mille fois t’avoir chez moi.

Adèle : Eh bien si tu le souhaites, ma logeuse est absente toute cette semaine, elle est partie aider un ami nouvellement milliardaire à emménager dans son logement de fortune.

Franck : Accepterais-tu donc de venir chez moi  dès aujourd’hui ?

Adèle (heureuse) : Bien sûr !

Une passante rousse habillée en maçon (alors qu’ils s’embrassent) : Oui, j’ai eu tout à l’heure l’idée de lancer un appel à la procrastination générale, mais tout bien considéré il serait sans doute plus judicieux de le faire demain.

Une autre rousse, habillée en aveugle : C’est une bonne idée, je trouve la procrastination mal vue sans prévenir à l’avance.

Acte 3 scène 2

Franck, Adèle (dans l’appartement) 

Franck : K, t’es-tu endormie ? (un silence) Visiblement oui. Je suis heureux que tu sois ici avec moi, endormie à mes côtés. Si tu pouvais voir comme tu es adorable quand tu dors, ton joli visage détendu, tes beaux yeux fermés par de frêles paupières qui tressautent au rythme de tes rêveries. Tes longs et soyeux cheveux qui… (Stupéfait) : Qui n’ont jamais été longs ! Mais que se passe-t-il ? Tes cheveux ne peuvent pas pousser comme ça en une nuit ! Et… Mais la couleur commence à changer ! Ciel ! Tes cheveux poussent et deviennent roux !(Franck Bondit hors du lit en sursaut, les pieds d’Adèles commencent petit à petit à dépasser du lit.) C’est une grande rousse ! K est une grande rousse ! Ce n’est pas possible ! Je ne rêve pourtant pas ! (Il se pince le bras) Je ne rêve pas ! Mais que se passe-t-il ?! 

Adèle (se réveillant) : Mais que vous arrive-t-il, H, mon amour ?

Franck (interdit) : … 

Adèle (se redressant) : Revenez donc vous coucher, je suis votre petite amie, vous devriez l’avoir compris. D’ailleurs, puisque vous semblez enfin vous en être rendu compte, peut-être pouvons nous de nouveau nous tutoyer. 

Franck revient se coucher sans dire un mot, Adèle l’embrasse

Adèle (se rendormant) : Bonne nuit, H, mon amour. Et vous aviez raison, je suis belle ainsi.

Franck (après un certain temps sans rien dire) : Si je ne suis pas en train de rêver, je ne vois plus d’autre choix que de me soumettre et d’aimer K telle qu’elle est, même si c’est une grande rousse aux longs cheveux ondulés.

Acte 3 scène 3

Le messager 

Messager : Nous voilà presque à la fin de cet absurde drame au temps inversé qui malheureusement n’a pas vocation d’avoir inversé le vôtre. Mais après tout, avant de crier à la perte de temps, avant de vous dire que pendant déjà 3 actes vous êtes restés oisivement à contempler cette étrangeté dépourvue de sens, avant de condamner cette pièce pour son manque de consistance et de rentrer chez vous plein de vide, souvenez-vous que nous ne vous avons pas obligés à venir, qu’à l’image d’Adèle que nous appelons ici K, la réalité n’est pas toujours ce que l’on croit, et que les apparences peuvent être trompeuses et même se dissiper pour seulement laisser place à d’autres apparences. Pour ma part, humble messager inapte à recueillir vos jugements, je n’ai plus qu’à prendre congé ici et maintenant. Car il s’agissait là de ma dernière intervention et je me dois de laisser la place à la fin de cette illusion.

Acte 4 scène 1

Franck, Adèle rousse (dans la rue)

Franck (toujours un peu chamboulé) : Je dois retrouver mon frère à deux pas d’ici il y a une demi-heure. Veux-tu m’accompagner ?

Adèle : Non, je pense aller m’occuper des oiseaux et des poissons du parc municipal aujourd’hui, leur donner des poignées de graines et d’amour.

Franck : Est-ce là-bas la dernière fois que tu as sauvé un poisson qui nageait entre deux eaux et qu’un oiseau rare t’a fait des yeux de merlan frit ?

Adèle : Oui, c’était une espèce assez rare en effet.

Adèle s'éloigne et croise deux grandes rousses qui discutent

Passante rousse (à une autre) : Tiens, j'ai rencontré G prochainement, il était accompagné d'un hurluberlu aux manières étranges qui ne cessait de l'appeler « mon pote ». Je voulais discuter un peu avec G mais cet énergumène l'a emmené par le bras en lui disant qu'il était temps qu'ils aillent observer les fruits de leur amitié.

Autre passante rousse : Quel être étrange que ce pote à G. Je me demande où il a bien pu le rencontrer.

Franck (en faisant deux pas modérés) : Voilà, je n'ai plus qu'à l'attendre patiemment.

Acte 4 scène 2

Franck, Edouardo

Edouardo arrive par la droite

Edouardo : H ! Cher ami! Je ne vous avais plus revu depuis cette fête d'Hal Owin dans des années !

Franck : W ! C'est bien vrai, j'avais complètement oublié cela. Comment va Hal d'ailleurs ?

Edouardo : Fort bien, il s'est marié à une demoiselle en bic dans trois ans et ils sont heureux depuis. Je me souviens encore de cette fête, vous y étiez avec votre frère il me semble.

Franck : C'est exact ! C'est d'ailleurs lui que j'attends.

Edouardo : Je me suis toujours demandé si cette fraternité n'était pas qu'un canular. Vous vous ressemblez si peu !

Franck : Si peu ? C'est mon frère jumeau et mon portrait craché !

Edouardo : Allons farceur, je le savais, c'était une plaisanterie ! À l'époque vous m'aviez présenté comme votre frère un grand dadis au teint mat et aux cheveux d'un blond détonnant !

Franck : Mais pas du tout, que dites-vous donc ?

Edouardo : Allez ! Je dois continuer mon chemin mais nous nous reverrons ! Portez-vous bien, vous verrez ce n'est pas si dur, le scecret est d'avoir de bons bras.
Edouardo s'éloigne, laissant Franck perplexe.

Franck : Étrange... Il a dû confondre.

De grands blonds à la peau mate commencent à se mêler aux grandes rousses, il y en a bientôt tout autant



Fin.

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